Les COOP et le Mouvement Coopératif rejettent le bio, en s’effondrant sous l’entrisme capitaliste

En juin 1971, juste après la Semaine de la Terre (a), je tente d’ouvrir le dialogue avec les dirigeants du Mouvement Coopératif (mes employeurs) pour stimuler la production et la distribution de produits biologiques.

 

Je travaillais à l’Institut des Études Coopératives (7, avenue Franco-Russe, Paris 7ème) depuis le début de l’année 1968. L’Institut s’efforçait de maintenir en vie l’idéal coopératif en faisant vivre la Revue des Études Coopératives, des colloques, des voyages d’études, une exposition itinérante, une bibliothèque…

 

Dessinateur publicitaire, j’avais été engagé pour m’occuper plus particulièrement de l’exposition. De Sociétés Coopératives Ouvrières de Production (SCOP)* en coopératives de consommation, en coopératives agricoles, etc., j’ai pu voyager dans le mouvement coopératif français dans une période critique de son histoire. Pour qui le découvrait, il paraissait bien vivant, mais… A l’exception – notable – des coopératives agricoles lancées dans l’industrialisme productiviste sous la houlette du Crédit Agricole (une coopérative !), je ne devinais pas l’effondrement en cours. Les vieux de la vieille tenaient encore bon (mais il n’y avait guère de sang neuf). A chaque occasion, je parlais de la crise écologique et des perspectives alarmantes, à moins d’un profond changement d’orientation. Cela tombait à plat. Les coopérateurs ronronnaient doucement. Tout semblait fonctionner comme avant. Mais le capitalisme avait déjà glissé ses pseudopodes jusque dans les organes stratégiques du mouvement.

* telle l’historique Verrerie Ouvrière d’Albi, alors toujours coopérative :

https://www.valeurs-albigeois.com/voa-verrerie-ouvriere-dalbi

Saint-Gobain allait racheter la verrerie en 1998, puis la vendre, en 2015, à un fonds d’investissement américain, Apollo Global Management.

 

C’était vraiment la bonne époque pour changer d’orientation en profitant de l’élan du mouvement d’alerte et de propositions alternatives qui semblait pouvoir faire bouger les lignes (la nouvelle gauche des années soixante). Mais d’autres forces veillaient, des forces dont nous ignorions tout…

 

J’adresse donc une lettre aux dirigeants coopératifs pour leur présenter l’idée…

 

Proposition faite aux délégués du Mouvement Coopératif ; principalement les Coopératives de Consommation (Roger Kérinec, président de la FNCC), le Laboratoire Coopératif d’Analyses et de Recherches (François Custot, Alain Gaussel, Jeannine Grinberg), les Coopératives Agricoles (Fédération Nationale de la Coopération Agricole) et le Comité National des Loisirs (Jean Boniface) :

 

 

Un impératif : la qualité

 

En France, la situation démographique et économique a atteint un développement très favorable à la maturation d’une prise de conscience des problèmes liés de près ou de loin à la qualité de la Vie. Il s’agit sans doute d’un phénomène né de l’opposition entre la conséquence normale de la course à l’abondance : la hausse quantitative du niveau de vie, et la conséquence négative amplifiée par l’augmentation de la densité de population : la nouvelle forme de paupérisation qu’est la détérioration de l’environnement. L’une permet l’accession du plus grand nombre à la connaissance et au confort, l’autre gâte la satisfaction des besoins suscités par l’amélioration primitive et compromet l’avenir. De cette prise de conscience d’un état paradoxal surgira un climat de mécontentement croissant. Il suffit pour s’en convaincre d’observer les pays qui, comme les Etats Unis, nous précèdent dans la voie de l’expansion économique. Il semble qu’il apparaisse chez eux un autre facteur de sensibilisation : l’abondance des biens de consommation qui conduit à une réaction de saturation.

 

Cultivée avec ténacité par des hommes hier encore qualifiés de doux rêveurs et de « chasseurs de papillons« , cette prise de conscience naissante commence à être ressentie comme une force par les pouvoirs économiques et politiques. Il n’est que temps car chaque jour amène son lot de déprédations et augmente les « chances » d’échouer dans la lutte contre les processus de dégradation de la société humaine et de la biosphère.

 

 

Des lendemains incertains

 

Certes, certaines nuisances localisées étaient connues dès l’Antiquité, mais avec l’industrialisation dont les effets non maîtrisés sont multipliés par une prolifération démographique qui tend vers l’infini, le problème a changé de dimensions… En quelques décennies, des centaines d’espèces animales et végétales sont mortes, des lacs et des rivières sont morts, des sols sont morts, les océans se meurent, la formidable hémorragie dont est victime le sous-sol a déjà quasiment épuisé certaines matières premières, etc. Si rien de concret n’est entrepris dès aujourd’hui pour endiguer le flot humain et réformer les structures fondamentales de cette civilisation, nous allons vivre un très mauvais rêve, l’un de ceux qui persistent même à l’état de veille. Imaginez la Terre ruinée où croupiraient les derniers Homo… « sapiens« . Apocalypse selon Saint Jean réalisée par la toute puissante technologie de la civilisation industrielle !

 

Voici, penserez-vous, une vision trop pessimiste ; détrompez-vous, cette vision peut fort bien se concrétiser parce que la société humaine se développe comme une tumeur maligne au mépris de l’ordre biologique et que le concept antédiluvien de la Terre-source-inépuisable-de-richesses-et-d’espace est encore solidement enraciné.

 

 

L’homme des villes

 

Paradoxalement, nous qui sommes plus ou moins responsables (par notre résignation même) de cette situation, sommes aussi parmi les premières victimes des nuisances que nous engendrons…

 

Un courant de pensée prétend que l’Homme ne s’épanouit que dans la lutte contre la Nature. C’est absurde, comment cela pourrait-il être puisque l’Homme fait partie du monde animal ? Notre physiologie, notre psychologie ont été modelées pendant des centaines de milliers d’années par le milieu naturel pour le milieu naturel. Nous sommes, par toutes nos fibres, par tous nos instincts, des éléments de la Nature et ce n’est pas quelques décennies de société industrielle qui, malgré notre faculté d’adaptabilité, y changeront quelque chose. Pourtant, nous vivons dans un univers artificiel uniquement réalisé au hasard des découvertes techniques sans soucis du tempérament humain et de la qualité du milieu de vie. Oh bien sûr, bon gré mal gré, la plupart des hommes s’accommodent momentanément de la médiocrité mais force est de constater que cette incompatibilité entre notre constitution et les conditions d’existence extrêmes que nous nous imposons crée de multiples malaises tant à l’échelle de la société qu’au niveau de l’individu. Les sciences sociales nous apprennent qu’il y a similitude entre certains phénomènes biologiques et les mouvements d’une population… En 1968, on disait que la France s’ennuyait, elle ne tarda pas à s’octroyer une récréation. Aujourd’hui, la France (comme d’autres pays industriels) est « morose« , la joie de vivre s’évanouit comme à la veille des crises économiques et démographiques. Il n’y a rien de très étonnant à cela…

 

Conditionné dès l’enfance par l’environnement et l’éducation puis pris dans l’engrenage de la vie moderne, l’homme des grandes agglomérations tend à ressembler à un esclave mécanique. Métro, boulot, dodo, puis : métro, boulot, dodo, sans justification, sans joie, sans espoir… Sa vie ne lui appartient plus guère, elle appartient à la collectivité en expansion. Sa personnalité ? Il l’a perdue au détour d’un couloir du métro ou en ingurgitant un programme de télévision. Traumatisé et refoulé, le citadin type a toutes les chances de devenir une « coquille vide et stérile« . Pour quoi vit-il ? Il l’ignore sans doute, et pour cause : il n’y a rien à savoir.

 

Le prolongement des pires tendances de notre société semble être une civilisation où l’individu n’aurait pas plus d’indépendance qu’une cellule d’un organisme vivant, mais je ne crois pas à la réalisation de ce « meilleur des mondes » car les mécanismes instinctifs de défense, tout affaiblis qu’ils sont, ne le permettraient pas. Les faits confirment déjà l’analyse : combien d’hommes vivent dans l’attente des quelques jours de loisirs dont ils disposent dans une année, jours qu’ils mettront à profit pour fuir les agressions et les contraintes de la vie urbaine ? Les vacances n’existent que par contraste avec la vie laborieuse comme le blanc par rapport au noir. Citadins surtout cherchent (souvent maladroitement) le dépaysement dans le retour aux sources de la Vie. Ce n’est qu’à cette occasion qu’ils pourront, s’ils trouvent assez de calme pour méditer et communier avec les éléments naturels, recouvrer leurs esprits et le contrôle de leurs corps, redevenir enfin des hommes équilibrés. Les stimulations grossières de la civilisation de consommation oubliées, ils goûteront pleinement la moindre impression. Qui ne souhaite entendre quelques jours par an le chant d’un oiseau, le frémissement d’un feuillage, et vibrer à l’unisson des palpitations de la Vie sauvage ?

 

 

Le tourisme

 

Ainsi, l’engouement pour les choses de la Nature et les « vacances vertes » va croissant ; des gens qui, comme les publicistes, sont très au fait des grands courants qui animent le public ne s’y trompent pas. Il importe que d’autres aussi en aient conscience et parmi eux, en toute première place, ceux qui se prétendent « gardiens du monde rural« …

 

Notre homme des villes voudrait bien se détendre et assouvir son appétit de Nature, s’étonner comme Jean-Jacques Rousseau « qu’un heureux climat faire servir à la félicité de l’Homme les passions qui font ailleurs son tourment« , mais pour cela il lui faut découvrir une campagne dont les habitants ont veillé à conserver le patrimoine légué par leurs prédécesseurs. Une telle campagne est malheureusement de plus en plus rare car l’appât du profit à court terme (et à courte vue) est maintenant irrésistible. Il est bien loin le temps où l’on plantait des arbres pour que les descendants en bénéficient. La philosophie du « après moi le déluge » s’est substituée à la sagesse paysanne… Ici, on remembre et, avec pour seul conseiller scientifique un géomètre, on détruit les haies et les boqueteaux à tort et à travers. Là, la lèpre des résidences secondaires grignote un paysage grâce à la complaisance d’un conseil municipal particulièrement éclairé. Partout, sous prétexte de rendements accrus et faute d’une information objective, on use et on abuse d’engrais et de pesticides chimiques qui empoisonnent les eaux et portent préjudice à la faune et à la flore…

 

Il est des agriculteurs qui hébergent les citadins en rupture de société. Ceux-là se préoccupent de la qualité des structures d’accueil, ils veillent au confort matériel et parfois aux équipements de loisirs, mais qui a pensé qu’il serait judicieux de pratiquer enfin une véritable politique de sauvegarde de la Nature pour répondre aux aspirations des touristes ? J’en connais peu d’exemples. Je sais surtout que dans plusieurs régions les habitants s’opposent à la création de parcs naturels et de réserves. Certes la solution n’est pas dans la mise en conserve de quelques parcelles du territoire mais cette réaction prouve, s’il en était besoin, que la majorité des paysans français méconnaît les problèmes de la dégradation de l’environnement et n’a plus la connaissance infuse de l’économie de la Nature. Voilà qui est fâcheux pour qui gère la terre et vit de ses fruits !

 

 

L’agriculture

 

Depuis une trentaine d’années on utilise des produits chimiques pour combattre les explosions de population de quelques espèces provoquées par les destruction du couvert végétal naturel et la création de grands espaces exploités en monoculture. La biosphère n’est pas une éprouvette… Employés sans mesure, les pesticides rompent l’harmonie des équilibres biologiques, ce qui a généralement pour effet de favoriser la réapparition massive des parasites grâce à l’élimination des facteurs naturels de régulation des populations. Le premier réflexe de l’agriculteur est alors de multiplier les traitements, et ainsi de suite. Ce cercle vicieux est soigneusement entretenu par l’industrie chimique et les pouvoirs économiques qui s’y rattachent… Il existe des moyens de lutte antiparasitaire qui trouvent leur origine dans la connaissance approfondie de la Nature mais la compétition entre ces derniers et les pesticides chimiques est inégale. Ainsi, d’après une brochure éditée en 1965 par la Délégation à la Recherche scientifique, les crédits affectés à l’étude des insecticides et autres produits sont mille fois plus importants que ceux alloués à la recherche de méthodes biologiques de lutte contre les espèces animales et végétales indésirables en forts peuplements !

 

« Pour commander à la Nature, il faut lui obéir » disait Bacon. Il est plus que temps d’appliquer ce principe de sagesse. Le mirage d’une agriculture artificielle triomphant de toutes les difficultés s’estompe devant les révélations des études scientifiques. Par exemple, d’après certains experts, il y a en France quelques 5 millions d’hectares de terres de culture directement menacées par une érosion accélérée. Assurément, la voie de l’avenir n’est pas dans l’organisation industrielle de la dégradation des sols. Voilà qui devrait faire réfléchir les paysans et leur prouver que leur salut réside dans la promotion d’une agriculture adaptée au milieu naturel.

 

Une telle agriculture ne signifie pas un retour à l’âge préhistorique mais un progrès (à condition que l’on entende par ce terme : mieux être pour tous). Elle n’implique certainement pas l’abandon de toutes les techniques actuelles et le bouleversement des habitudes des agriculteurs… Il existe déjà des pionniers en ce domaine. Déçus par l’exploitation intensive des sols, des paysans se sont, si j’ose dire, reconvertis et pratiquent les méthodes « biologiques » de culture. C’est un comportement courageux qui nécessite beaucoup de persévérance car il leur a fallu surmonter des difficultés d’ordre technique et pas mal d’oppositions. C’est, m’empresserais-je de dire, une position extrême qui ne peut être adoptée par tous actuellement parce qu’elle comporte des inconvénients, en particulier sur le plan du rendement. Alors, il reste à trouver, grâce à la collaboration des uns et des autres, une solution intermédiaire qui conciliera les préoccupations écologiques et de rentabilité. D’ores et déjà on peut prévoir que cette solution impliquera principalement le remplacement progressif des produits chimiques antiparasitaires par les méthodes de lutte intégrée et la modération dans l’usage des engrais qui, s’il n’est pas prouvé de manière irréfutable qu’ils sont responsables de la baisse de la qualité alimentaire des végétaux, polluent les eaux de surface et de profondeur quand ils sont employés abusivement.

 

 

Le rôle de la coopération

 

Dans une mutation d’une telle importance, l’individu isolé, quelle que soit sa bonne volonté, ne peut rien, mais les groupements professionnels ont de très larges possibilités d’action à la fois sur leurs adhérents et sur les pouvoirs. Cette mutation n’est pas désintéressée, il ne s’agit pas d’une sorte de rêve philanthropique mais d’un ensemble de réformes qui trouverait sa justification économique – à court terme – dans plusieurs débouchés.

 

Nous avons examiné les motivations de l’Homme industriel en vacances et il apparaît qu’il existe en France maintes régions économiquement « sous-développées » mais favorisées par la Nature susceptibles de satisfaire les plus exigeants des touristes. Pour le développement touristique de ces régions, la collaboration du mouvement coopératif agricole et du mouvement coopératif de consommation serait sans doute des plus fructueuse pour l’un et l’autre.

 

Dans un premier temps, le mouvement coopératif agricole, grâce à l’importance de son implantation, jouerait un rôle déterminant dans la préservation des sols et la préparation de l’environnement touristique. Il éduquerait les paysans, c’est à dire qu’il les ferait bénéficier d’une information scientifique objective en recourant aux conseils de spécialistes des sciences de la Nature, et les inciterait à protéger les campagnes et à régénérer la faune et la flore. Les travaux agricoles ne permettraient certainement pas aux agriculteurs d’assumer toutes les tâches nouvelles, cette politique d’entretien et de mise en valeur nécessiterait donc la création d’emplois. Des emplois de plein air (de terrain) essentiellement qui conviendraient tout particulièrement à ceux qui, rejetés par la « modernisation » de l’agriculture européenne, n’ont nulle envie de croupir 8 heures par jour sur une chaîne de montage !

 

Dans un deuxième temps, c’est le mouvement coopératif de consommation qui, se fondant sur son expérience en matière de vacances, créerait les équipements touristiques et se chargerait de la gestion.

 

Voilà, grâce au tourisme, une formule qui permettrait de rémunérer les agriculteurs pour leur fonction de « gardiens de la Nature« . C’est peut-être dans l’accomplissement effectif de cette tâche d’intérêt général que les paysans trouveront une solution à quelques uns de leurs problèmes.

 

 

La consommation

 

La protection des sols et le développement touristique ne sont pas les seuls intérêts capables d’inciter les exploitants à modifier dès maintenant leurs méthodes de culture et à veiller à la conservation du milieu naturel. Il y a aussi le souci de prévenir les exigences des consommateurs.

 

En effet, en France même, malgré la timidité des moyens de vulgarisation, l’information a commencé à pénétrer le public. Grâce aux efforts de personnes isolées et d’organismes comme le Laboratoire Coopératif, les consommateurs ont des notions d’hygiène alimentaire. Les plus avertis savent que dans telle ou telle denrée on trouve des résidus de pesticides, ou d’hormones, ou d’antibiotiques, ou d’autres « cochonneries » du même genre, alors au prix de quelques sacrifices ils achètent plus cher des produits garantis naturels, au détriment des autres. Les produits sains connaissent une vogue grandissante, à tel point que des chaînes de magasins d’alimentation se sont spécialisées dans leur distribution et écoulent ainsi la production des « agriculteurs biologistes« .

 

Là aussi, l’évolution est irréversible. Les agriculteurs ne doivent pas se retrancher derrière une législation défaillante et feindre d’ignorer que les consommateurs seront de plus en plus exigeants et soumettront les producteurs rétrogrades (les français comme les étrangers) à leur volonté. En ce domaine encore l’exemple des Etats Unis est intéressant, il vient en quelque sorte confirmer mon propos : dans ce pays le secteur commercial le plus florissant est celui des produits naturels.

 

 

Intercoopération

 

La Coopération de consommation est par essence un mouvement de défense des consommateurs. Alors, pourquoi ces derniers considèrent-ils le mouvement coopératif de consommation comme un organisme de distribution comme les autres ? Parce que les conditions qui ont motivé la création de la première coopérative n’existent plus et qu’il s’est créé d’autres chaînes de magasins à succursales qui offrent au moins les mêmes services aux consommateurs. Cela n’explique pas tout ; pourquoi ces mêmes consommateurs éprouvent-ils le besoin de se grouper en associations de défense tandis qu’un phénomène de désaffection atteint les coopératives ? Parce que l’intérêt premier de la Coopération de consommation disparu, il aurait fallu axer la politique commerciale du mouvement sur autre chose. Le plus étonnant est que cet « autre chose« , qui est la raison du combat actuel des consommateurs, a été découvert par la COOP voici une quinzaine d’années. Les dirigeants des coopératives de consommation ont alors créé le Laboratoire d’Analyses et de Recherches pour contrôler la qualité mais, depuis, cette activité n’a pas été développée bien qu’elle aurait dû devenir prépondérante ! Grâce à l’excellent outil scientifique dont il est doté, il est encore temps pour le mouvement coopératif de distancer ses concurrents, de réveiller l’intérêt des coopérateurs et d’attirer l’attention des autres consommateurs s’il redevient un organisme de défense animé par la préoccupation de qualité. Pour les raisons exposées dès l’introduction, il ne faudrait pas tarder car déjà d’autres sociétés commerciales se préparent à satisfaire une clientèle plus difficile.

 

La coopération des deux principaux mouvements coopératifs s’impose car comment envisager une distribution de qualité sans une production ad hoc ? Ne serait-il pas logique que les coopératives agricoles produisent des denrées répondant aux exigences des consommateurs selon les directives de l’organe coopératif de distribution ?

 

Qu’il s’agisse de la conservation des sols et de la consommation, de la protection de l’espace rural et du tourisme, il existe dans la voie de la qualité des chances exceptionnelles pour l’intercoopération.

 

En adoptant dès aujourd’hui une politique de qualité qui demain leur serait imposée, les coopérateurs auraient tout loisir de s’adapter. Ce serait en outre une excellente publicité pour la Coopération et ses produits. C’est une occasion qu’il faut savoir saisir avant que d’autres s’en emparent (c’est à dire très vite !) car demain les problèmes de la qualité de la vie seront inéluctablement au premier plan de la scène politique… et économique.

 

ACG
1er trimestre 1971

 

 

À l’époque, les campagnes chantaient encore et les villes étaient peuplées de moineaux.

 

À Saint Gengoux le National, on voyait encore le ruisseau qui avait inspiré la construction de la cité, il y avait plus de cinquante commerces et la défense du patrimoine mobilisait du monde :

Tout pouvait encore être sauvé.

 

Rêvons un peu…

Si le passage au bio, même partiel, même expérimental, n’avait pas été bloqué par les lobbies capitalistes, les coopératives auraient pu se sauver en sauvant beaucoup, beaucoup de vies :

 

Où sont passés les oiseaux des champs?

https://lejournal.cnrs.fr/articles/ou-sont-passes-les-oiseaux-des-champs

Manifeste pour une agriculture durable

https://www.actes-sud.fr/catalogue/agriculture/manifeste-pour-une-agriculture-durable

 

 

Avec le recul de plus de quatre décennies :

 

J’étais encouragé par les travaux du Laboratoire Coopératif d’Analyses et de Recherches (à Gennevilliers) qui, avec François Custot, Alain Gaussel et Jeannine Grinberg, avaient porté la qualité des produits au premier plan des préoccupations : (http://www.archivesnationales.culture.gouv.fr/camt/fr/egf/donnees_efg/2000_022/2000_022_FICHE.html).

 

Le Laboratoire Coopératif se préoccupait beaucoup des résidus de biocides dans les aliments. J’étais donc fondé à espérer un soutien. L’exemple de Jean Boniface, rédacteur en chef adjoint du Coopérateur de France (coopératives de consommation), m’encourageait aussi. Il avait publié Les misères de l’abondance (Editions Ouvrières 1968).

Après avoir baigné dans la culture coopérative entretenue par l’Institut, je me croyais autorisé à franchir le pas. Oh, très modestement, en suggérant. Quel autre contexte était plus propice à une nouvelle proposition coopérative positive pour les consommateurs et les producteurs, pour l’intérêt général et l’avenir aussi ? D’ailleurs, j’avais été sollicité pour écrire une petite présentation de Jeunes et Nature dans le Coopérateur de France en mai 70. Egalement un billet sur la sensibilisation des enfants à la nature, dans L’Educateur (Institut Coopératif de l’Ecole Moderne Freinet).

 

Malheureusement, si l’esprit critique et le pouvoir de proposition étaient à peu près tolérés chez quelques « élites« , ils ne l’étaient pas quand ils se manifestaient du côté du « petit personnel« . D’ailleurs, quelques dizaines d’années plus tard, ils ne le sont pas encore.

 

Personne ne décida d’exploiter cette énergie. Pas même Jean Boniface qui ne donna pas suite. L’immobilisme des acteurs du Laboratoire Coopératif fut une grosse déception. Pourtant, 2 ans plus tard, Alain Gaussel publiera « Un panier de mensonges » et, avec Jeannine Grinberg, « Je veux savoir ce que je mange : notions simples pour une alimentation raisonnable, 110 réponses du Laboratoire coopératif d’analyses et de recherches…« , et avec une préface de Roger Kérinec qui, lui aussi, ne m’avait même pas répondu. Bizarre. Ces gens affichaient des préoccupations parfaitement complémentaires des miennes, et ils ne réagirent même pas par un accusé de réception !

Les anciens coopérateurs ne voulaient pas s’embarrasser de jeunes trop remuants, et les imposteurs infiltrés veillaient à les éliminer.

 

Mystères des écheveaux hiérarchiques et des blocages français ! Des faux-semblants aussi. Alors que Bernard Lavergne (b), qui avait fondé la Revue des Études Coopératives en compagnie de Charles Gide (c), était encore en vie, Georges Lasserre aussi, l’esprit coopératif tant vanté s’en était allé.

 

 

Vu la destination du texte, j’avais édulcoré et arrondi le propos, mais c’était encore trop dérangeant pour certains. Je fus viré à l’instant. Georges Boully, encore directeur de l’IDEC ne me défendit pas (d). Les vieux militants enchâssés dans des hiérarchies fort peu coopératives avaient perdu la souplesse et la foi. Le courage aussi. Bousculés par l’offensive néocapitaliste, avec l’industrialisation/financiarisation de l’agriculture et le développement au forceps de « la grande distribution« , la Coopération Agricole et la Coopération de Consommation avaient perdu leur marques et étaient déjà vidées de leur substance. Les « principes coopératifs » n’étaient plus agités que pour la forme. L’orientation politique changeait du tout au tout. Mémoire du mouvement et agitateur des « principes coopératifs« , l’Institut des Etudes Coopératives gênait. Georges Boully se vit retirer la direction de l’Institut, et Charles Boos, le Secrétaire Général de l’IDEC (e), un passionné, un pilier de la culture coopérative, l’animateur de l’Institut et de la Revue, avait déjà été poussé vers la sortie. Ces premières opérations de nettoyage se déroulèrent dans une ambiance feutrée et résignée. Démonstration d’une déstructuration déjà très avancée, il n’y eut pas de résistance. Parfaitement sournoise, l’entreprise de déconstruction de la culture du bien commun, celle qui fait se lever les solidarités, ne rencontrait plus d’obstacles.

 

C’en était fini de l’Institut des Études Coopératives et de l’esprit de la Coopération. Avec le petit personnel, tous les historiens-chercheurs seront évacués dans la foulée. Sous la houlette des seuls FNCC et du Centre National de la Coopération Agricole gagnés au capitalisme, prétendra succéder un ectoplasme : l’Institut Français de la Coopération (IFC). La Revue survivra un temps. Certains finiront par s’apercevoir – trop tard – du naufrage, mais sans aller plus loin qu’un constat superficiel et sans même pointer la rupture avec la dynamique coopérative.

 

Une occasion avait été ratée. Pour moi et mes projets d’évolution, bien sûr. Je ne retrouverai jamais un environnement plus favorable à l’accueil d’une proposition alternative ! Mais aussi pour tout le monde, à commencer par les coopérateurs entraînés dans des voies opposées à l’idée de bien commun qui avait fait vivre le mouvement depuis Rochdale. Dommage, les coopérateurs et les écologistes étaient faits pour résister ensemble à l’offensive capitaliste. Nous, écologistes qui, comme Pierre Kropotkine*, voyions dans le vivant la complémentarité et l’association plutôt que l’affrontement, pouvions apporter une nouvelle énergie au coopératisme.

* Inspiré par Charles Darwin, Pierre Kropotkine voyait aussi la coopération comme « facteur de l’évolution » dès le stade des micro-organismes.

 

C’est un certain Thomas (Émile-Henry) qui fut chargé de l’épuration (mes collègues allaient suivre le même chemin). Directeur du Centre National de la Coopération Agricole (bien sûr), il venait prendre le contrôle de l’Institut des Etudes Coopératives pour en tuer la dynamique et l’esprit. Grand propriétaire de la Beauce (nous a-t-on dit), il s’était voué corps et âme aux lobbies de l’industrialisme productiviste et ne pensait que titres, subventions et pouvoir. Il correspondait en tous points à ma critique. « L’organisation industrielle de la dégradation des sols » ? Il en faisait partie, et de tout le reste aussi. C’est sûrement pourquoi, dès la première réunion, il mit tant d’énergie à me virer en éructant et crachotant. Un furieux. Devant mes collègues réunis, il osa même dire que je ne pouvais pas être l’auteur de la lettre. La logique n’était pas son fort. Il était bien l’exact contraire de ce que je proposais. Probablement une utilité du capitalisme lancé à la conquête du monde (f). Pas de chance !

 

Près de cinquante ans plus tard, ce sont aussi des victimes de son action qui brûlent des tas de pneus sur les routes et dégradent les biens publics pour réclamer la liberté de poursuivre l’empoisonnement et la destruction des campagnes, et protester contre la détestable image qu’ils se sont eux-mêmes forgée. Là aussi, on voit qu’une occasion de résister à la déculturation qui a conduit à ces extrémités a été manquée.

 

Je n’avais pas adressé la lettre à ce Thomas que mes collègues considéraient comme un fantaisiste. Il fallait donc qu’elle lui ait été communiquée avec intention. Suprême perfidie, c’est une attestation de démission (contredite par une attestation de réduction des effectifs) que je reçus à domicile !

 

Se faire virer comme un malpropre, par des coopérateurs (?), pour avoir proposé une nouvelle dynamique de coopération au service du bien commun, donc parfaitement dans la ligne de la philosophie coopérative, disait beaucoup sur l’état d’un mouvement dominé par des hiérarchies de pouvoir vulnérables aux entrismes. Les Pionniers de Rochdale et de la longue histoire des communaux avaient de bien curieux descendants (g) ! J’étais bien loin de deviner à quoi je devais ce licenciement avec pertes et fracas, mais cela n’augurait rien de bon non plus quant à la santé de la société dans son ensemble. Et, en effet, cela n’était que le début d’aventures étonnantes dans la quête du fameux « esprit coopératif » inspiré par l’intérêt général. Le début d’une longue suite de cassages de gueule en règle dans une société de moins en moins coopérative, de plus en plus verrouillée par des egos boursouflés, la recherche du profit et la réduction de l’ouverture aux autres. Autant de conséquences de l’intoxication par la censure et la propagande capitalistes. Pour moi, ce noyautage du Mouvement Coopératif préfigurait celui, déjà commencé, du mouvement écologiste. Ce que nous ignorions, alors et pour longtemps encore, c’est que le mouvement socialiste l’avait déjà été dès les années cinquante, avec les derniers réglages effectués au début des années soixante. D’ailleurs, cela expliquait comment le Mouvement Coopératif en était victime à son tour (h). Cependant, cette expérience révélatrice de la dégradation du Mouvement Coopératif n’intéressa personne à l’extérieur, pas un écologiste, pas même un « bio« , ni en 1971 ni après. Quelle erreur ! Le pervertissement du Mouvement Coopératif, à commencer par les coopératives agricoles lancées dans le productivisme destructeur de la paysannerie, des communautés villageoises et des campagnes, a été une très grande victoire pour la conquête capitaliste. Une victoire d’autant plus éclatante qu’elle semble être largement passée inaperçue*. C’est au point que de doctes docteurs ont pu débattre de la vitalité des « coopératives de consommation » passées à « la grande distribution » sans même s’apercevoir de la dégénérescence ! Les conséquences de l’extinction de « l’idéal coopératif » et de la disparition des coopératives du paysage de tous les jours n’ont, donc, pas été mesurées. Au minimum, il est sûr que cela a participé au recul de la conscience du bien commun et de la culture communautaire. La pensée critique et toutes les alternatives en ont été fragilisées. C’était le but. Jeter à la corbeille une proposition, jeter au chômage un collaborateur enthousiaste, c’est entraver une évolution, donc la marche d’une prise de conscience avec ses découvertes et ses initiatives.

* comme l’étouffement et le remplacement du mouvement écologiste, du mouvement socialiste, du féminisme…

 

Ceux dont l’indifférence totale pour le sujet était et demeure la plus remarquable furent les « autogestionnaires« . A croire que tous étaient des faux. Il est certain que les faux tournaient la tête à la plupart des autres. Ils avaient la formation et les moyens, et ils minaient ce courant depuis 68. Ils clamaient partout leur amour de l’autogestion tout en la refusant aux autres (surtout aux écologistes qu’ils méprisaient), mais ne s’intéressaient pas du tout au Mouvement Coopératif (sauf, probablement, pour lui nuire). Il est vrai que, prétendument gauchistes, ils n’avaient pour référence que l’autogestion à la Tito ou, pire, à la Mao Tse Toung, tout en étant guidés, sinon nourris, tel le PSU rocardien*, par « la grande distribution » (les inévitables Hermand et Leclerc)** ! Quant à mon expérience, évidemment, elle ne comptait pas. Ni les coopératives, ni le bio ne les concernaient ! D’ailleurs, les « autogestionnaires » (les faux) allaient disparaître comme ils étaient venus, avec les simulacres contestataires socialistes*** pour récupérer et étouffer la nouvelle gauche née dans les années soixante. En effet, le courant autogestionnaire traversait la nouvelle gauche. Comme les différentes identités complémentaires qui la composaient, il a été gratifié d’entristes et de fausses associations qui ont piégé les militants.

* Depuis les années cinquante, Henry Hermand, un patron de « la grande distribution« , était le soutien financier des réseaux mendésistes qui allaient se baptiser « Deuxième Gauche » (avec les réseaux aroniens de la guerre froide culturelle, cette « Deuxième Gauche » était une ennemie jurée de la nouvelle gauche des années soixante). Hermand est l’homme de la filiation Rocard-Macron.

** et ce sont ceux-là qui n’allaient pas tarder à investir le mouvement écologiste pour le stériliser à son tour et le remplacer par des hiérarchies partisanes convenant aux capitalistes.

*** par exemple, le CLAS (Comité de Liaison pour l’Autogestion Socialiste)

 

Un intéressant article de Thierry Pfister paru dans Le Monde du 13 novembre 1973 (Le groupe Objectif socialiste s’est divisé entre partisans du CLAS et partisans de l’union de la gauche), à la fin de ce dossier :

 

A l’époque de l’alerte écologiste et de ses propositions alternatives, l’entreprise de déconstruction des savoirs et de l’héritage des siècles précédents battait son plein là où, sur le terrain, je peux maintenant en contempler les dégâts irréversibles. La mutation imposée par le néo-capitalisme était déjà bien avancée. Des prospérités se construisaient en broyant tout sur leur passage : économies familiales et communautaires, écosystèmes, vie et fertilité des sols, habitats traditionnels, patrimoine historique, tout y passait.

 

Commencée dans les années cinquante, l’industrialisation de l’agriculture avait jeté plus d’un million de paysans dans les banlieues, plus les artisans et les commerçants dépendants de leur activité. Elle avait aussi jeté des marées de poisons sur les campagnes dévastées au bulldozer. Et la mise en place de « la grande distribution » parachevait l’oeuvre de déstructuration générale. En plus de drainer les revenus d’un grand nombre de familles, de communautés, d’une grande diversité de métiers… cette « grande distribution » lourdement soutenue par les banques et l’argent public détourné avait pour fonction de réduire les victimes du système mortifère à l’état de consommateurs. Avantages multiples de la séduction consumériste pour le système dominant : la généralisation de l’aliénation, l’écoulement des produits dégradés de l’agriculture industrielle et de nouveaux profits réalisés en vendant des gadgets et des services inutiles. Pour l’exploitation, le champ des possibles s’en trouvait, tout à coup, beaucoup augmenté. C’est la régression pensée par Edward L. Bernays (neveu de Freud et en relation avec celui-ci), entre besoins et désirs contrôlés par la propagande :

« La manipulation consciente, intelligente, des opinions et des habitudes organisées des masses joue un rôle important dans une société démocratique. Ceux qui manipulent ce mécanisme social imperceptible forment un gouvernement invisible qui dirige véritablement le pays« , Propaganda 1928.

J’aime énormément « manipulation intelligente (…) dans une société démocratique » pour décrire des actions dirigées contre le bien commun.

 

La mise en oeuvre de ce programme battait son plein au moment même où je rêvais d’agriculture et de distribution bio : des centaines de supermarchés et d’hypermarchés étaient inaugurés. Evidemment, ma proposition ne pouvait plus mal tomber !

 

Pour comble, mes compagnons écologistes et moi n’allions pas tarder aussi à être infiltrés par des promoteurs du désastre auquel nous voulions résister ! En tête, juste derrière son ami Alain Hervé : Michel Bosquet, le futur André Gorz qui s’illustrait depuis dix ans dans le soutien au lobby de « la grande distribution« . Ma famille comptait au nombre des victimes et c’est à cela que je devais mon licenciement !

 

Cinquante ans plus tard, une nouvelle dynamique coopérative semble émerger. Mais l’histoire du détournement du Mouvement Coopératif semble oubliée. D’ailleurs, cela n’est sans doute pas un hasard si celui-ci a été remplacé par « l’économie sociale et solidaire« . Il est intéressant de remarquer que « économie sociale » est une formule empruntée à Charles Gide, comme pour mieux le trahir… Les laboratoires de la novlangue tournent toujours à plein régime. Comme si souvent dans les manipulations de cet ordre, ce sont des organisateurs de l’effondrement des projets coopératifs et écologistes, ceux de la fausse autogestion, qui ont lancé l’ESS comme un nouveau leurre*. Peu avant, les mêmes avaient créé « écologie politique » pour remplacer « écologisation de la politique« . Ce sont, donc, Michel Rocard et ses amis à peine passés du PSU au Parti Socialiste. Jacques Delors en était aussi, et lui aussi se distinguait dans l’anti-écologisme le plus sournois (avec Denis de Rougemont qui devait sa carrière internationale aux Dulles Brothers). Delors était aussi de la « Deuxième Gauche » grimée en nouvelle gauche. Ils cultiveront « l’économie sociale et solidaire » jusqu’en 1981, quand Rocard deviendra « ministre du Plan« .

* auquel des coopérateurs se laisseront prendre, ainsi Henri Desroches du Collège Coopératif (qui partageait le même immeuble avec l’Institut des Études Coopératives, mais qui était fort peu coopératif avec celui-ci) !

Pour compléter le dispositif, la forme économique prônée par les écologistes sera remplacée par « l’économie circulaire« . Hum ! Tout cela dans le contexte du remplacement de la nouvelle gauche écologiste par une « écologie politique » particulièrement accommodante avec le système.

 

 

Après la spoliation des populations et mise en valeur à l’occidentale

Après quatre années de reprise en mains par les populations et application des techniques traditionnelles et biologiques
Rajasthan 1992. Voir « Restauration des écosystèmes, restauration des sociétés » (sur les sites planetaryecology et robin-woodard.eu)

 

 

Seul monsieur Plateau, président du Comité National des Loisirs, une structure de la Fédération Nationale des Coopératives de Consommation, me répondit :

« Je me permets de passer sur l’aspect poétique de votre résumé qui donne à vos développements scientifiques un aspect un peu littéraire, point désagréable en l’occurrence, pour arriver au problème du rôle de la Coopération dans cette évolution. Une collaboration concrète des différents mouvements coopératifs et plus généralement, des multiples institutions sociales qui soutiennent et encadrent la vie de chaque français est souvent évoquée dans les sphères les plus hautes, telle la mélopée d’un sorcier africain qui invoque les dieux de la pluie.

Mais, depuis plus de 20 ans que je m’occupe de ces questions dans le mouvement coopératif de consommation, j’ai rarement vu de réalisations concrètes sorties de ces souhaits pieux. Il faut peut-être invoquer les hommes mais peut-être aussi les structures qui ne sont guère favorables, par nature, au rapprochement des différents mouvements.

Il faudrait de toute manière étudier de façon très approfondie les modalités que pourrait prendre une semblable collaboration pour rompre efficacement les habitudes mentales de chaque partie. Ceci reste du domaine des expériences au coup par coup au niveau local.

Le problème de l’éducation des paysans à la protection de l’environnement rural devrait certainement, également, faire l’objet d’un examen attentif : car il n’est pas dit que les paysans qui forment la coopération agricole soient aussi réceptifs à l’idée de destruction de la nature que nous pouvons l’être, nous citadins, qui vivons dans un milieu artificiel et qui, pour cette raison, développons spontanément des mécanismes psychologiques de réaction.

De nombreux autres points pourraient être abordés et discutés dans votre projet. Je reste bien évidemment, ainsi que Monsieur Hamelet, mon collaborateur, à votre disposition pour en débattre.«

M. Plateau

Avec plus de recul :

Que voilà un bel aperçu de l’univers shadokien français, de ses idées non-pensées, juste affichées, et de son impuissance ! Qu’un homme parvenu au sommet de la hiérarchie de son secteur, un « président« , s’exprime ainsi est révélateur. M. Plateau avait raison, on ne pouvait rien faire évoluer dans le bon sens, même au sein de la « Coopération » puisque beaucoup de ceux qui s’y étaient introduits aux places de direction refusaient de coopérer. Mais, dans l’autre sens, dans le sens du détricotage de « l’esprit coopératif » et de l’ouverture à l’ultra-capitalisme, tout allait aller très vite.

Quarante années plus tard, dans un pays qui a été très fortement retardé en tous domaines par ses « décideurs » de droite comme de gauche, la production biologique française est très insuffisante par rapport à la demande. Insuffisante et souvent hors de prix, si bien que, moi-même, je ne peux en acheter que parcimonieusement.

Mieux encore, les héritiers de ceux qui m’ont éjecté du mouvement coopératif et fermé une voie professionnelle aussi utile que passionnante sont toujours dans des structures coopératives, mais elles ont dérivé, dérivé jusqu’à s’intégrer au système d’exploitation dont les coopérateurs avaient réussi à s’extraire. Sans doute, même, la dérive était-elle déjà largement entamée et cela explique-t-il l’aversion de tous ces gens pour les écologistes et leurs projets si peu capitalistes*…

* Nous devons beaucoup de catastrophes économiques, sociales, écologiques à la grande distribution. Par exemple :

…en plus du sabotage de l’alerte écologiste et de la nouvelle gauche qu’elle inspirait !

 

Maintenant, les coopérateurs devenus fers-de-lance de la concentration du capital tentent de rattraper leur retard en remplissant les rayons avec des produits étiquetés « bio » ! Mais du « bio » souvent produit loin du consommateur, avec transports fort peu économiques pour la biosphère, et dans des campagnes colonisées par ce nouveau productivisme au détriment de ses populations, au détriment des écosystèmes aussi :

« (…) La FNSEA en première ligne pour défendre le bio. (…) Ce syndicat agricole qui, jusqu’à présent n’était guère disert sur la question, a choisi de faire front commun avec d’autres acteurs. Autour de la table, rassemblés sous l’égide des chambres d’agriculture, mercredi 29 mai 2019, la FNSEA, donc, mais aussi l’interprofession des fruits et légumes Interfel, le bras armé des coopératives COOP de France, et leur représentant légumier Felcoop. L’enjeu : défendre une certaine idée de l’agriculture biologique, illustrée par l’usage des serres chauffées pour la production de fruits et légumes bio. (…) »

Les serres chauffées, emblèmes d’une industrialisation du bio

par Laurence Girard, Le Monde du mercredi 5 juin 2019

Alors que les mêmes, ou leurs pairs, nous ont déjà fait tout rater en provoquant un crime planétaire, alors que l’on ne cesse de dénombrer les effondrements en tous domaines, nous voyons se reproduire les mêmes finasseries médiocres !

 

 

 

notes

 

(a)

 

(b) Bernard Lavergne

http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article116525&id_mot=

 

(c) Charles Gide (1847-1932)

https://autogestion.asso.fr/charles-gide-1847-1932/

Charles Gide est-il toujours d’actualité ?

(…) son objectif d’une transformation profonde de l’ordre social, à travers l’association en général, qui se trouve au fondement de l’économie sociale. Ouvert à toutes formes d’institutions susceptibles d’améliorer les conditions de vie et la solidarité entre les hommes, Charles Gide cherche avant tout à construire une économie et une société qui ne soient pas dominées par l’impératif du profit (…)

« tous ceux qui ont donné l’impulsion au mouvement coopératif et tous ceux qui à cette heure encore le soutiennent de leurs efforts et de leurs sympathies, sont des hommes qui ont vu dans la coopération une transformation, progressive sans doute, pacifique, cela va sans dire, mais radicale aussi de l’ordre social actuel. Pour tous ceux qui l’ont étudiée de près, la coopération est une nouvelle forme d’organisation industrielle tendant à se substituer à l’organisation actuelle : – Si elle n’est pas cela, elle n’est rien. »

https://www.erudit.org/fr/revues/recma/2006-n301-recma01095/1021569ar.pdf

 

 

(d) BOULLY Georges, Mathieu, militant socialiste, coopérateur et Franc-maçon.

Il était directeur de l’IDEC depuis 1960. Remplacé par E.H. Thomas, il resta cependant « président« … pour assister à la fin de l’Institut tel que les anciens l’avaient voulu. C’est même lui qui signa mon congédiement mensonger (avant ceux de mes collègues) !

http://maitron.univ-paris1.fr/spip.php?article17507mon

 

(e) BOOS Charles, dit Jean Christian, (pseudonyme adopté durant la guerre de 1939-1945 et devenu par la suite celui du journaliste et de l’écrivain) (★ Mietesheim 2.4.1920). Milieu ouvrier-paysan. ∞ I 1941 à Aix-en-Provence Élisabeth Rouvé, de Mulhouse. ∞ II 1974 à Strasbourg Doris Darstein, de Villé. Études secondaires à Niederbronn-les-Bains, Strasbourg, Périgueux et Alger-Bouzaréa. Études supérieures à Aix-en-Provence. A enseigné à Aix-en-Provence, Bellac, Bou-Bérak (Algérie), Chauvigny, et Strasbourg-Robertsau. Délégué rectoral de la Mission Jeunesse alsacienne et lorraine à la Libération. Journaliste à L’Alsace à Mulhouse de 1945 à 1950. Par la suite, secrétaire administratif des coopératives scolaires du Bas-Rhin, secrétaire général de l’Institut des études coopératives à Paris, président de l’Institut bas-rhinois de l’Ecole moderne-pédagogie Freinet. Responsable du service éditions des Dernières Nouvelle d’Alsace à partir de 1977. Critique littéraire et critique d’art aux Affiches-Moniteur paraissant à Strasbourg. Secrétaire général de la Société des écrivains d’Alsace et de Lorraine de 1971 à 1975, puis président de cette même Société. Vice-président de la Fédération nationale des associations d’écrivains de France depuis 1980. Membre de nombreux conseils d’administration dont ceux de « Musique et Culture » et de « l’Institut des arts et traditions populaires d’Alsace ». Chevalier des Palmes académiques, des Arts et Lettres, de l’ordre du Mérite de la République italienne, médaille d’argent de l’Éducation Nationale et de la Renaissance Française.

Publia quatre recueils de poèmes après la guerre, puis un roman, La vitre embuée, 1949. Longue interruption dans la création littéraire qui reprendra après un accident de voiture survenu en 1975. Publia successivement : La secousse, récit d’un accident ; Le coup de pioche, échos d’un récit, et quatre recueils de poèmes : Les nappes du soir, Des bouts de papier, L’eau du silence et Un édredon mauve. Contribution à L’Alsace de 1900 à nos jours, sous la dir. de Ph. Dollinqer 1979.

Charles Boos fut mon mentor en matière de coopération. Il est particulièrement révélateur qu’il ait été effacé de l’histoire officielle du mouvement coopératif, la méthode habituelle pour dissimuler la dénaturation d’un mouvement social par le capitalisme.

Archives de l’Institut Coopératif de l’École Moderne (ICEM) :

https://www.icem-pedagogie-freinet.org/recherche/adultes-archives/results/taxonomy%3A6265

 

 

(f) En effet, le Centre National de la Coopération Agricole est un cas d’école. Il avait été constitué au début des années 1950 pour pallier d’évidentes carences : « le développement intellectuel insuffisant des agriculteurs » (c’est bien écrit ainsi), et « la structure des exploitations qui ne permettait pas aux exploitants de mener une vie professionnelle et sociale normale » (Guy Sélaries, « La formation des agriculteurs, des administrateurs et des cadres dans la coopération agricole », Économie Rurale 1964. Un véritable plan de bataille. Sélaries était « directeur des études » de ce CNCA.

https://www.persee.fr/doc/ecoru_0013-0559_1964_num_62_1_1868

 

Exploitations, exploitants, insuffisance intellectuel des agriculteurs (sic), donc mépris absolu pour les cultures paysannes, leurs communautés, leurs savoirs, leurs réalisations… On sent bien d’où vient le vent qui a véhiculé cet organisme « de formation », et quel est son objectif. D’ailleurs, c’est annoncé : passer de « l’ère artisanale » à « l’ère industrielle« , « il faut que les coopératives s’industrialisent (…) adoptent des méthodes de planification, rénovent l’idée coopérative« , « développement des affaires« , « élargissement des marchés« , « adaptation aux transformations des modes de production comme des modes de distribution« , etc. De coopération, point. Mais la révélation d’une préparation psychologique : dénigrement pour fragiliser en communiquant la honte. C’est la déculturation première étape de la déstructuration. Mais réification du vivant en vulgaire « ressource« , intensification, machinisme, chimie, planification, rationalisation comptable, réduction des actifs, productivisme, spéculation et guerre économique contre les plus faibles (financièrement), promesses de destructions en chaîne… Et « la grande distribution » qui pointe le museau pour parfaire le dispositif. Comme par hasard, un programme correspondant exactement à celui de la conquête néo-capitaliste lancée en Europe avec le Plan Marshall (même époque). C’est ce qui allait vider les campagnes de ses hommes et de ses animaux, polluer les eaux et détruire ses milieux, ruiner les sols, polluer l’air jusque dans les villes, empoisonner tout le monde, contribuer au réchauffement climatique, précipiter une extinction de masse.

 

Ma proposition ne pouvait plus mal tomber ! Pas étonnant que la lecture de ma lettre ait fait écumer Thomas, le directeur de ce CNCA.

 

 

 

(g)

Histoire des Équitables Pionniers de Rochdale, George-Jacob Holyoake,

Tout est possible ! L’Association familiale ouvrière (AFO) de La Tremblade (1946-2002), Michel Besson,

par Patricia Toucas-Truyen

https://www.cairn.info/revue-recma-2018-1-page-143.htm

Les Sociétés coopératives de consommation

par Charles Gide

https://books.google.fr/books?id=0y8pDwAAQBAJ&pg=PT49&lpg=PT49&dq=coop%C3%A9ration+les+pionniers+anglais&source=bl&ots=TyRJd5xi-R&sig=ACfU3U3lr0hTXx9v_jPTzNwnbEX5h4JoCQ&hl=fr&sa=X&ved=2ahUKEwiWksj3vKjmAhUwBGMBHWRYBAg4FBDoATACegQIBxAB#v=onepage&q=coop%C3%A9ration%20les%20pionniers%20anglais&f=false

 

(h) Les années 1970 verront les coopératives de consommation se pervertir au point de verser dans la dérive de « la grande distribution » naufrageuse des commerces de village et de quartier, le monopole construit par le néo-capitalisme pour pressurer les producteurs du monde entier et assujettir les citoyens par le consumérisme – le contraire exact de l’idéal coopératif* ! Des grandes surfaces « COOP » seront construites dans les champs et l’on verra progressivement disparaître les magasins COOP de proximité.

* « (…) si nous reconnaissons l’incommensurable bêtise du consommateur, nous n’en concluons pas qu’elle soit incurable, mais que c’est une raison de plus pour faire son éducation économique. Or c’est là précisément le rôle des organisations de consommateurs : non pas seulement des sociétés de consommation proprement dites, mais aussi des “ligues de consommateurs” ou “ligues sociales d’acheteurs”, qui ont des objets un peu différents, mais toutes ceci de commun d’enseigner au consommateur quels sont ses droits et ses devoirs, lui faire comprendre quels sont ses véritables intérêts.» Charles Gide, « Pourquoi les économistes n’aiment pas le coopératisme », 1921, in Œuvres,vol. VII, p. 196

 

Comme les coopératives agricoles courbées sous les engins lourds, la chimie et les intrants arrachés aux peuples du Sud et à leurs écosystèmes, les coopératives de consommation allaient participer à la déstructuration économique, sociale et écologique. Aux antipodes de l’idéal coopératif !

 

Deux ans après l’invitation à la conversion bio, « en 1973, deux cent vingt sept hypermarchés sortent de terre » dans « une joyeuse anarchie »

La grande distribution. Enquête sur une corruption à la française, Jean Bothorel et Philippe Sassier, Bourin éditeur 2005, page 38.

Les coopératives ont pleinement participé à cette ruine, en plein mouvement mondial d’alerte écologiste et de critique de « la société de consommation » !

 

L’ultime coup de grâce sera porté en 2014 avec la vente de 128 magasins COOP d’Alsace à… Carrefour !

https://www.francebleu.fr/infos/societe/la-vente-des-magasins-coop-marque-t-elle-la-fin-d-une-epoque-1396429788

La Coop, c’est fini

Vie et mort de COOP Alsace

https://fr.wikipedia.org/wiki/Coop_Alsace

 

Grandeur et décadence des coopératives de consommation

https://nantes.indymedia.org/articles/42268

 

 

 

Index

 

Les COOP

le Mouvement Coopératif

le bio

la Semaine de la Terre

Institut des Études Coopératives (IDEC)

l’idéal coopératif

Revue des Études Coopératives

Sociétés Coopératives Ouvrières de Production (SCOP)

Coopératives de consommation

Crédit Agricole

Verrerie Ouvrière d’Albi

Saint-Gobain

Apollo Global Management (fonds d’investissement)

la nouvelle gauche

Laboratoire Coopératif d’Analyses et de Recherches (François Custot, Alain Gaussel, Jeannine Grinberg)

Coopératives Agricoles

Comité National des Loisirs (Jean Boniface):

la qualité de la Vie

1968

Métro, boulot, dodo

« gardiens du monde rural«

Jean-Jacques Rousseau

l’économie de la Nature (Carl von Linné)

la biosphère

Délégation à la Recherche scientifique

méthodes « biologiques » de culture

la coopération

intercoopération

Le Coopérateur de France

Editions Ouvrières

Jeunes et Nature

L’Educateur (Institut Coopératif de l’Ecole Moderne Freinet)

l‘esprit coopératif

Les « principes coopératifs«

Rochdale (les Pionniers)

communaux

mouvement écologiste

mouvement socialiste

féminisme

« la grande distribution«

autogestionnaires

gauchistes (maoïstes)

PSU rocardien

« la grande distribution«

réseaux mendésistes

« Deuxième Gauche« 

réseaux aroniens

La guerre froide culturelle

CLAS (Comité de Liaison pour l’Autogestion Socialiste)

Objectif socialiste

l’union de la gauche

industrialisation de l’agriculture

gouvernement invisible

« économie sociale et solidaire » (ESS)

Collège Coopératif

« économie circulaire« 

la nouvelle gauche écologiste

« écologie politique« 

Fédération Nationale des Coopératives de Consommation (FNCC)

FNSEA

 

 

 

Roger Kérinec (président de la FNCC)

François Custot (laboratoire Coopératif)

Alain Gaussel (laboratoire Coopératif)

Jeannine Grinberg (laboratoire Coopératif)

Bacon

Saint Gengoux le National

Jean Boniface (rédacteur en chef adjoint du Coopérateur de France)

Bernard Lavergne

Charles Gide

Georges Lasserre

Georges Boully (directeur de l’IDEC)

Charles Boos, alias Jean Christian (Secrétaire Général de l’IDEC)

Pierre Kropotkine

Charles Darwin

Thomas (Émile Henry)

Tito

Mao Tse Toung

Henry Hermand

les Leclerc

Rocard-Macron

Thierry Pfister

Edward L. Bernays (propagandiste et neveu de Freud)

Alain Hervé

Michel Bosquet (futur André Gorz)

Henri Desroches

Michel Rocard

Jacques Delors

Denis de Rougemont

the Dulles Brothers

Plateau (président du Comité National des Loisirs)

 

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